Rituel ( Mo Hayder )
Quelque part sur un plateau aride du lointain Kalahari, en Afrique du Sud, au fond d'un cratère ocre, se trouve un étang nappé d'algues vertes.Seul son silence sort de l'ordinaire – un observateur profane le remarquerait à peine, ne daignerait pas s'y arrêter.A moins que l'envie le prenne de descendre y nager.Ou d'y tremper un orteil.Il décèlerait alors une particularité.Une anomalie.
Il commencerait par trouver l'eau froide.Et même glaciale.D'un froid presque étranger à notre planète.D'un froid issu de siècles et de siècles de silence, des plus lointains tréfonds de l'univers.Il s'apercevrait ensuite que la vie en est quasi absente, à l'exception de quelques poisons incolores.Et pour finir, à condition d'être assez fou pour y piquer une tête, il découvrirait son secret fatidique : cet étang n'a ni bords ni fond, ses eaux noires plongent à pic jusqu'au centre de la terre.Peut-être entendrait-il alors l'avertissement tant de fois murmuré par les habitants du Kalahari dans leur langue ancestrale : Ceci est la bouche de l'enfer. Ceci est Boesmansgat.
Un lundi de mai, juste après le déjeuner, par trois mètres de fond dans le port flottant de Bristol, le sergent de police « Flea » Marley referma ses doigts gantés sur une main humaine.Surprise de l'avoir aussi vite localisée, elle battit des jambes, ce qui eut pour effet de soulever un tourbillon de vase et d'huile de vidange et de déporter sur l'arrière le poids de son corps : elle se sentit remonter.Elle dut repiquer vers l'avant, passer la main gauche sous l'un des flotteurs du ponton et évacuer un peu d'oxigène pour retrouver sa stabilité et prendre le temps de palper sa trouvaille.
L'eau d'un noir d'encre, une vraie gadoue, ne lui laissait aucune chance d'examen visuel.Dans la plupart des plongées en rivière ou en eaux portuaires, tout s'effectuait au toucher.Elle allait donc devoir faire preuve de patience, laisser la forme de l'objet remonter du bout de ses doigts vers son bras pour finalement s'inscrire dans son cerveau.Elle la tâta en douceur, les yeux fermés, compta les doigts pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'une main humaine et s'efforça de les dissocier : d'abord l'annulaire, dont la pliure lui donna une orientation d'ensemble : la paume était tournée vers la surface.L'esprit en ébullition, elle s'efforça ensuite de visualiser la position du corps : sans doute gisait-il sur le flanc.Elle tira légèrement sur l'index.Loin de rencontrer la résistance attendue, elle sentit la main décoller de la vase en douceur.L'emplacement du poignet n'était plus qu'un amas de cartilages et d'os à nu.
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Sergent ?
La voix du constable Rich Dundas, jaillie de son oreillette, la fît tressaillir dans sa prison de ténèbres.Il attendait sur le quai, suivant sa progression avec l'auxiliaire de surface chargé de dévider son fil d'Ariane et de surveiller les instruments.
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Sergent ? Comment ça se passe, Flea ?
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Tu dois être pile dessus.Tu vois quelque chose ?
Le témoin avait signalé une main, rien qu'une main, pas de corps, ce qui les avait tous laissés perplexes.Jamais ils n'avaient vu un cadavre faire la planche – la décomposition avait tôt fait de les remettre à plat ventre, jambes et bras tendus vers le fond.Rien n'était moins visible que les mains d'un noyé.Sauf que, en l'occurence, un tout autre tableau commençait à se dessiner : à son point le plus vulnérable – le poignet - , cette main avait été tranchée.C'était une main sans corps.Aucun cadavre n'avait donc flotté, à l'encontre de toutes les lois physiques, sur le dos.Quelque chose dans les propos du témoin continuait néanmoins à perturber Flea.Elle retourna la main pour affiner son image mentale de la position où elle l'avait trouvée – ces détails lui serviraient pour son procès-verbal.Elle n'était pas enfuie dans la vase.Plutôt posée dessus.
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Flea ? Tu me captes ?
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Oui.Je te capte.
Elle souleva la main, la prit au creux de la sienne et se laissa lentement descendre au ras des sédiments déposés au fond du port.
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Flea ?
Résumé : Les fonds vaseux du port de Bristol révèlent parfois de lugubres trésors.La prise du sergent "Flea" Marley, chef-plongeuse de la police locale, aurait de quoi étonner le pêcheur le plus averti.Cette main, trnchée net, n'est assurément pas le vestige d'un noyé...Récemment muté de Londres, le commisaire Jack Caffery ne sait quoi en penser.Il n'y pense d'ailleurs qu'à regret, trop occupé qu'il est à traquer ses vieux démons.Confusément, il partage avec Flea, obsédée elle aussi par un deuil impossible, une entêtante fascination pour la mort.Tous deux contemplent le fond, avec l'envie d'y sombrer.A jamais.Il n'y a guère que cette main pour les en empêcher.Cette main et ce souffle de magie noire, imprégné de superstitions africaines, qui semblent saisir d'effroi la paisible ville de Bristol...
Mon commentaire : Avec ce cinquième roman de la copine Mo, ( je l'adore..).J'ai découvert l' univers sombre et trés « noir », un monde de cadavres, de tortures, de sang et de douleurs !Oui, c'est vraiment du roman « noir-rouge-sang » et c'est génial pour qui aime le glauque.Aprés « Tokyo », que j'ai adoré, « Birdman » ou « Pig Island ».Dans « Rituel »Flea combat ses propres démons intérieurs et va devoir mener l'enquête sur une mystérieuse mutilation.D'autant qu'il s'avère que la victime était encore en vie au moments des faits...J'adore,brrr...
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