Tout peut arriver ( Jonathan Tropper )
« Réveille-toi, bordel ! »
Au lieu de ça, je reste assis dans mon petit espace alloué derrière la table et j'observe la foule tout en me soûlant à coups de verres gratis – autre avantage en nature, nettement moins glamour celui-là, de traîner avec le groupe.Avant de rencontrer Hope, il m'arrivait de conclure, de temps à autre, mais mon taux de réussite était bien maigre comparé à celui de Jed.Et encore devais-je attendre qu'il ait disparu avec sa conquête de la soirée car, en sa présence, je jouais pour ainsi dire l'homme invisible aux yeux des femmes.Question physique, tout est affaire de circonstances, et mon potentiel de séduction est bien meilleur quand Jed ne se trouve pas dans les parages.
La preuve, au bout de quelques minutes, une fille aux yeux en amande et au corps de danseuse s'avance vers moi et s'assoit à la place de Jed.Ses cheveux raides d'un blond usuel, plus sombres aux racines, lui arrivent aux épaules et sont départagés par une raie au milieu.Son principal atout est son corps, et tout dans sa posture – jusqu'à son débardeur moulant – indique qu'elle en est parfaitement consciente.C'est pathétique, je le sais, mais c'est comme ça que ça marche : de beaux yeux et une paires de seins alertes plantés sur une silhouette fine.Le reste n'est jamais que la cerise sur le gâteau.Elle a chaud, le visage rouge d'avoir dansé.
« Eh, me lance-t-elle.L'homme au T-shirt ! »
Il s'agit là d'une forme de salutation, apparemment ; je décide donc de répondre sur le même mode.
« Eh, la fille qui transpire ! »
Elle rejette la tête en arrière et éclate de rire.Je l'imagine dans sa chambre, à la cité U, s'exerçant devant la glace après avoir repéré cette mimique dans un film de Sandra Bullock.
« Je sais, dit-elle.J'adore danser.C'est mon troisième concert des Wenus cette année. »
Sa peau luit d'un éclat rosé sous les spots du club.Elle est jolie, sans sophistication particulière, façon campagnarde du Middlewest, et l'on imagine sans peine des champs immenses s'étendant à perte de vue derriére elle, de vastes prairies aux ciels bleus se reflétant dans ses yeux.Pour un coup d'un soir, franchement, on a fait pire.Je le sais.J'y étais.
« je peux te poser une question ? Me demande-t-elle.
-
Ouais ! »
Nous crions à tour de rôle pour nous entendre par-dessus les vociférations de Matt, qui vient présentement de se lancer dans une reprise hyperdestroy de "Beleive It or Not", le générique de la série culte The Greatest American Hero.C'est moi qui lui en ai suggéré l'idée, l'année dernière, et ça ne manque jamais de faire un carton auprès du public.Je réalise que la gamine assise à coté de moi devait encore porter des couches lors de la brève période de diffusion de cette série, quelque part au début des années 80, et je me sens ridiculement vieux.
« Ca veut dire quoi, Worried About the Wenus ? Reprend-elle.
-
Ah, ça... »On me pose souvent la question. « T'as déjà regardé Friends ?
-
Quand j'étais au lycée, ouais », répond-elle.
Elle se penche vers moi pour mieux se faire entendre, m'offrant une vue plongeante dans le décolleté de son T-shirt ultrafin pendant que son souffle vient me caresser l'oreille.Il suffirait d'une allumette pour embraser les vapeurs d'alcool qui se dégagent de nos haleines mêlées.
J'explique :
« C'est une référence obscure à un viel épisode. »
Elle lève un regard sceptique vers le groupe.
« Ils sont fans de Friends ?
-
C'était plutôt un choix ironique », fis-je.
Dans ce genre de situation vient toujours un moment où vous sentez que les choses basculent en votre faveur, et quand elle se colle contre moi pour me dire : « Au fait, je m'appelle Jesse », je comprends que c'est dans la poche.
« Zach », dis-je.
Mon Commentaire : Absolument génial ! Aprés avoir lu « Perte et Fracas » du même auteur, je trouvet que Jonathan Tropper est vraiment un écrivain extra-trop cool ! Dans le top 5 de mes écrivains préférés que j'ai lu en 2011.A mettre à coté de Jonathan Franzen ( Freedom ), de Jonathan Littell ( Les Bienveillantes ), de Jonathan Safran-Froer ( Extrêment fort et incroyablement près ) et de James Frey pour ( Mille morceaux ).
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