09 février 2012

Cet instant-là ( Douglas Kennedy ) 2011

Je suis passée à mon studio pour écrire ces lignes, le récit de la soirée d'avant-hier qui va peut-être changer toute ma vie.C'est la première fois que je sors mon journal en pleine journée.Je suis consciente des risques.J'ai fermé tous les rideaux pour que personne ne puisse me voir.J'ai un peu de temps devant moi avant de filer au travail.

Vendredi donc, j'ignore quelle heure il était quand je suis parvenue à sa porte, j'étais frigorifiée, je tremblais mais je voulais seulement lui dire que je l'aimais, me jeter à son cou, lui dire de ne jamais me laisser repartir.

Nous nous sommes retrouvés sur son lit une minute après être montés à son appartement.Quand il a été en moi, j'ai su...j'ai su qu'il m'était destiné.Je n'ai jamais été aussi proche d'un homme en m'abandonnant au plaisir.A l'université, j'ai fréquenté pendant deux ans un étudiant en droit, Florian, avec qui l'entente sexuelle était trés forte, mais il n'y avait pas de sentiments entre nous.Alors que là, avec Thomas, c'était l'amour qui s'exprimait dans la furie de nos corps.Je ne sais plus combien de fois nous avons fait l'amour avant d'être terrassés par le sommeil.A un moment, tandis que nous nous dévorions du regard et que nous lisions une certitude incroyable dans nos yeux, je lui ai demandé de m'excuser pour m'être enfouie du restaurant.Il a alors eu des mots si réconfortants que nous sommes retombés dans les bras l'un de l'autre.

Je me suis réveillée dans la lumière du jour.Thomas avait dû se lever à un moment car j'ai vu qu'il avait ramassé mes habits trempés et les avait posés sur les radiateurs, mais il était maintenant endormi à coté de moi.Je me suis redressée pour le regarder, effleurer ses cheveux, écouter sa respiration tranquille, l'admirer.Je me suis dit que je ne voulais plus jamais m'éloigner de lui, je me suis juré que je trouverais la solution qui me tirerait des griffes de...non, je ne veux pas salir la beauté du moment avec ce nom.

J'ai quitté le lit doucement et j'ai eu mon premier aperçu de l'appartement de Thomas.Tout était si propre, si net, avec une simplicité de bon goût que je n'avais vue jusqu'ici que dans les pages de décoration des revues.Murs blancs, meubles poncés pour mettre en valeur la chaleur naturelle du bois, livres et disques parfaitement rangés.En voyant ses vêtéments bien disposés sur des cintres, ses chaussures cirées, je me suis souvenue que son père était militaire.Mais j'ai senti que ce besoin d'ordre n'était qu'une forme de protection et une nouvelle vague de tendresse m'a envahie.Nous portions tous les deux en nous un poids qui nous séparait des autres.Je n'ai pu m'empêcher de penser que, pour la seconde fois, la chance me souriait.La première étant la naissance de Johannes, bien sûr.

A la cuisine, pendant que j'inspectais le contenu de son réfrigérateur, de ses placards, de son garde-manger, m'étonnant à nouveau de son sens de l'organisation, je me suis mise à fredonner.Ca ne m'était plus arrivé depuis que j'avais tenu Johannes dans mes bras, chez nous.L'air qui m'est venu était une mélodie de Schubert, An die Musik.C'est Jürgen qui me l'avait fait écouter la première fois.J'ai préparé du café, mis la table pour le petit-déjeuner, sorti du beurre, le pain, les confirures qu'il avait.Soudain, Thomas a été là, il m'a embrassée, m'a enlevé le peignoir que j'avais trouvé dans la salle de bains et m'a ramenée au lit.L'amour a été encore plus intense, plus érotique, plus bouleversant.Ce que nos corps disaient, c'est : « Nous nous sommes rencontrés et c'est la plus belle surprise que la vie nous ai faîte. »

Nous n'avons pas mis le nez dehors.A un moment, Thomas m'a montré l'atelier en bas et il m'a raconté l'histoire de son propriétaire, un peintre du nom d'Alastair, l'agression dont il avait été victime quelques jours auparavant.J'ai compris que Thomas lui avait sauvé la vie en appelant les secours juste à temps.Il n'a pas cherché à se faire valoir et il est resté modeste en décrivant comment il avait dû repeindre toute cette magnifique piéce après le drame, avec l'aide de l'amant turc d'Alastair.Nous avons préparé notre premier dîner vraiment partagé, des spaghettis avec une sauce tomate aux anchois – il avait même du vrai parmesan dans son frigo -, je lui ai montré mon petit savoir-faire en matière d'origamis, et nous avons parlé, parlé.C'est presque aussi électrisant que le sexe, cette facilité et cette confiance avec lesquelles nous avons pu échanger nos idées tout de suite – toujours en allemand, c'est ce qu'il veut – et le plaisir de nous découvrir mutuellement.

Je n'oublierai jamais la journée d'hier.Avant cela, je n'avais pas vraiment connu l'amour, je le vois à présent.Pas même un soupçon du bonheur qui a été le mien hier.

Et puis, alors que je m'y attendais pas du tout, Thomas m'a proposé de venir vivre chez lui, avec lui.Il m'a donné une clé et m'a dit que je pourrais apporter mes affaires le lendemain.J'ai été stupéfaite, au point de répéter bêtement : « Tu es sûr? »Quand il m'a assuré qu'il l'était, j'ai dit que j'amènerais des affaires.Toujours ma méfiance instinctive, cette idée que « c'est trop beau pour être vrai », doublée de la crainte – impossible à lui expliquer – que si j'abandonne tout de suite mon studio, Haechen va découvrir ce qui se passe dans ma vie et ce sera le début de la fin.

Tout cela n'est rien à coté de cette nouveauté extraordinaire : je vais vivre avec l'homme que j'aime.Alors qu'il ya seulement quelques jours j'envisageais de me jeter du haut d'un immeuble.La vie est ainsi : des réserves de malheur inépuisables et des mines de félicité qu'il suffit d'explorer.

Je ne voulais pas retourner au travail, aujourd'hui.Je pourrais ne plus jamais quitter le lit de Thomas, son appartement.Et l'idée de devoir passer au Schlüssel ce soir pour prendre le message de Haechen, dans lequel il me dira où je dois aller le faire jouir la prochaine fois, et celle qu'il va encore falloir photographier des documents dans un placard...Je dois trouver un moyen d'échapper à cette dégradation, d'empêcher que cette laideur finisse par détruire cette merveilleuse passion.

Tout à l'heure, nous nous sommes réveillés et nous avons fait l'amour sans hâte, de toute notre âme, les yeux dans les yeux.J'ai dit que je voulais commencer chaque journée comme ça et il m'a assuré que c'est ce que nous ferons.

Avant de retourner me confronter à un monde auquel je voudrais tant échapper, j'ai aussi dit à Thomas que j'avais de la chance, une chance infinie.J'ai compris qu'elle est un paramètre essentiel de l'existence.Elle peut venir à nous ou nous ignorer complètement.Même la naissance de Johannes, ce don du destin, a été assombrie par le fait que j'étais avec un homme qui n'éprouvait rien de profond pour moi, qui refusait de prendre sa part des responsabilités et des joies qu'avoir un enfant implique.L'homme qui fait maintenant partie de ma vie me dit qu'il veut tout partager avec moi.Suis-je capable d'accepter enfin le bonheur ? Est-ce que je me juge digne de lui ? Et pourrais-je le garder ? Apprendre à ne pas le repousser, à ne pas le laisser s'échapper ?  

Résumé : Ecrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d'intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : Les papiers de son divorce et un paquet posté d'Allemagne par un certain Johannes Dussmann.Les souvenirs remontent...Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d'écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine.C'est là qu'il rencontre Petra.Entre l'Américain sans attaches et l'Allemande réfugiée à l'Ouest, c'est le coup de foudre.Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l'horreur totalitaire.Thomas est bouleversé.Pour la première fois, il envisage la possibilité d'un amour vrai, absolu.Mais bientôt se produit l'impensable et Thomas va devoir choisir.Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des deux amants.Aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ?  

Mon commentaire : Romantique, j'adore ! Romanesque, quoi de mieux pour un roman ?Encore un "best seller" remarquable de D.Kennedy, notre ami-écrivain.On finit par aimer vraiment nos écrivains favoris...Ils font parti de notre décor, de notre vie.Ils sont nos préférences...

S'il vous arrive de rencontrer, " le grand amour ", " cet instant-là ", magique ou même simplement de le croiser par un hasard surprennant, impossible de ne pas y succomber ! Alors, Il vous envahit  tout entier, vous engloutit et par pur bonheur, vous vous laisser faire...A l'écoute de son doux parfum aphrodisiaque...Oui ! Vous êtes ensorcellé et alors ?

C'est une histoire d'amour qu'il nous raconte.Une belle histoire d'amour que cette histoire-là...

L'Amour ? Ce sentiment entier, sincère, vrai et passionné, vous savez ?  "Fleur-bleue" moi ? Oui, et alors ? Le grand amour, c'est celui qui vous prend, vous emprisonne.Celui qui transforme tout, qui vous donne des ailes, qui vous transporte, qui vous change définitivement, vous ne savez toujours pas ?

Est-il raisonnable de vivre ainsi sous son emprise et son ardeur aveuglante ? A quelle galère ! Et ne serait-ce même que pour un moment court, on y succombe avec délice et ravissment, comme toujours...Passion  folle ? Ne s'égare-t-on pas ? Oui !, certes et alors ? D'ailleurs, a-t-on vraiment le choix ?

Petra et Thomas s'aiment et leur vie à chacun s' illumine...C'est elle, c'est lui !

Soudainement tout devient possible...Entre Berlin la grise-monochrome, et New York le gros-brillant, la conquête du ciel et de ses étoiles, de ses vertiges et de ses promesses, l'amour est-il réel  ? Berlin, c'est Petra, "fille de l'Est", de l'horreur et de la souffrance sourde.New York, c'est Thomas, "fils de l'Ouest", l' Occidental, l'autre monde...Entre l' enfant solitaire, libre , enivré de voyages et de découvertes, est-ce possible ? Simplement ?

Oui ! car Petra et Thomas s'aiment ! Ils s'aiment "à se perdre" ! Petra aime Thomas.Thomas aime Petra.Et alors ?...

Un roman qu'on ne lâche pas, d'un rythme parfait comme bien souvent chez cet auteur prolifique, un suspence "terrifiant", haletant.On espêre tant leur bonheur...Un best-seller à couper le souffle, "Doug" ! encore un succès ! Pas étonnant, tu es parmi les meilleurs et ce n'est que mérite !

Et puis il y a aussi, l'impatience de te lire à nouveau comme un ami qui m' écrirait ...

Posté par Garreth à 06:44 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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